Vous connaissez peut-être déjà le concept 生き甲斐 (ikigai). Je ne vais pas faire le malin, je viens de le découvrir aujourd’hui dans un contexte sans rapport avec la littérature. Selon Wikipedia (anglais), ce concept (japonais) serait proche du français raison d’être. L’article de l’encyclopédie étant illustré par un schéma très moche qui est une insulte à l’esthétique japonaise, j’en ai cherché un plus joli, et si possible en français. J’ai trouvé et volé celui-ci dans un article d’une agence de web marketing jeune et branchée. Cette dernière l’a certainement elle-même adaptée sans vergogne d’un original en anglais, donc je n’ai aucun scrupule à l’utiliser ici.

ikigai.jpg

Essayons pour voir d’appliquer ce filtre à la vie d’auteur.

Ce que vous aimez : Cet aspect ne fera problème pour personne je pense, sauf peut-être pour un cas pathologique (dont je respecterai ici l’anonymat) qui déclarait récemment sur un réseau social qu’il écrit parce que c’est moins salissant que la mécanique.

Ce pour quoi vous êtes doué : Là, ça commence déjà sérieusement à se compliquer. L’auteur est le plus mal placé pour juger de ses dons, et son entourage se montre volontiers complaisant (mais si, mais si, c’est bien, continue). Et puis un don, ça se travaille. Le travail, dans ce schéma, on ne sait pas trop où il habite, d’ailleurs. Peut-être que pour un Japonais, c’est implicite.

Ce dont le monde a besoin : Ici on a vite fait de friser le tragique. Le monde a-t-il vraiment besoin du livre que je suis en train d’écrire? Honnêtement, non. Il a vécu sans lui jusqu’ici, et il vivra très bien en continuant à l’ignorer. Mais il faut bien que l’auteur soit un peu arrogant pour être motivé. Si le monde n’a pas un besoin urgent de mon livre, à quoi bon suer sang et eau pour l’écrire?

Ce pour quoi vous êtes payé : Là, j’en entends déjà qui sont morts de rire (jaune). Notre raison d’être auteur a un modèle économique solide, c’est bien connu.

Le vieux prof de maths en moi mettra en garde contre les illusions que peut véhiculer un tel schéma dit diagramme de Venn. Je mets un lien pour les lecteurs les plus jeunes et les plus vieux, bref tous ceux qui ont échappé à la catastrophe des « maths modernes » dans les années 1970. Dans un tel diagramme, sauf mention explicite du contraire, chacun des ensembles représenté peut être vide, et même si aucun ne l’est, leur intersection peut l’être, et le centre de la cible ne rien contenir du tout. Ce qui, a priori, ne devrait pas déranger outre-mesure un Japonais familier de l’esthétique du vide.

Vide, donc, l’ikigai de l’auteur? Quelquefois sans doute, souvent peut-être, mais ce n’est pas un problème si de ce vide jaillissent les mots justes.

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