Il vous est sans doute arrivé de tomber sur un livre dont le titre vous donne l’impression qu’on vous l’a volé. Quand cela m’arrive (de temps en temps), c’est toujours un mélange de satisfaction intellectuelle (c’était donc une bonne idée puisque quelqu’un d’intelligent l’a eue aussi, en tout cas c’était dans l’air du temps), d’humilité obligée (je croyais que c’était une idée originale, en fait non), voire de frustration (trop tard c’est vendu par quelqu’un d’autre). Bref, ce matin je suis tombé dans le rayon nouveautés de ma librairie locale sur « Réparer le monde » d’Alexandre Gefen. L’écriture comme réparation, c’est un thème effleuré dans le tout premier billet de ce blog, et encore dans celui-ci. Donc, voilà, quelqu’un a écrit le livre que je n’aurais jamais écrit de toute façon.

Je n’ai fait pour le moment que parcourir la table des matières et l’introduction, ainsi que l’excellente revue de presse rassemblée sur le site de l’éditeur (lien ci-dessus). Le propos de l’auteur est d’explorer le rôle thérapeutique qui caractérise la littérature (française) de ce début de XXIème siècle. Un rôle social essentiel, laissé vacant par l’effondrement des religions et des utopies politiques qui ont laissé nos vies brisées, séparées d’un monde qu’il l’est tout autant (brisé et séparé). Nous lirions et nous écririons aujourd’hui essentiellement pour (nous) faire du bien et nous retisser. Rien qui n’aille dans le sens  de ce que j’ai découvert ces derniers mois au fil des échanges avec auteurs et lecteurs sur les réseaux sociaux.

Quelque chose m’a cependant paru nouveau dans cet essai qui semble au demeurant fort bien écrit et mérite sans doute une lecture approfondie. Ce courant thérapeutique qui tiendrait lieu de nouvelle religion de masse rassemble bien sûr de façon évidente la littérature feel good qui s’assume et se vend (très bien) comme telle, les romans témoignages sur le thème inépuisable et tout aussi lucratif du ce-qui-ne-me-tue-pas-me-rend-plus-fort, et tous les avatars des guides de développement personnel. Mais, selon l’auteur, cette tendance traverserait absolument toute la littérature française de ce début de siècle.

Autrement dit, ami auteur(e), si tu ne le savais pas encore, tu es un(e) thérapeute, et tes lecteur(e)s utilisent ton livre pour aller mieux. Même si ce n’était pas du tout ton propos. Cette thèse éclaire d’un jour nouveau quelques réactions de lecteur(e)s de Parure des Songes. J’avoue avoir été surpris la première fois qu’on m’a dit « cette lecture m’a fait du bien », car ce n’était pas vraiment l’intention de l’auteur. Je pensais naïvement avoir introduit dans ce roman derrière la façade poétique une interrogation un tant soit peu dérangeante sur notre futur, notre humanité. Mais si lire pour se faire du bien est dans l’air du temps, le lecteur arrivera sans doute à croire qu’un livre l’a soigné alors qu’il ne contenait a priori aucune substance thérapeutique, parce qu’il finit par considérer toute lecture comme une thérapie. Quitte à en oublier le petit arrière-goût amer de la potion.

Après tout, pourquoi pas? Et si tout livre est absorbé comme un médicament contre le mal de vivre, il n’y a pas de raison que l’effet placebo n’y fonctionne pas. Pour éviter tout malentendu, devrais-je préciser sur la couverture « Ceci n’est pas un médicament »?

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