Je l’ai écrit ailleurs, on explique toujours trop, ne serait-ce que pour essayer de persuader les autres et soi-même que les choses sont explicables. Or, pour paraphraser la citation de Barbara Cassin dans le billet susdit, c’est parce que les choses sont inexplicables que nous n’en finirons jamais de (ne pas) les expliquer. Autrement dit, pour ceux qui préfèrent la science et ses modèles à la philosophie du langage, toutes les explications sont fausses, mais certaines sont utiles.

La fiction se situe quelque part entre le documentaire (explicatif) et la poésie (allusive), plus près de l’un ou de l’autre extrême, suivant les auteurs et les sujets, la difficulté étant de trouver le juste point d’équilibre. Trop expliquer, c’est faire injure à l’intelligence du lecteur, le priver du plaisir de deviner, d’être entraîné dans de fausses pistes, de refermer le livre avec des questions non résolues et d’imaginer une suite. Ne rien expliquer du tout c’est prendre le risque d’une écriture travaillée mais dont le sens reste obscur, et que le lecteur risque d’abandonner en route.

Je me souviens d’un café philo, quand c’était la mode il y a une vingtaine d’années, sur la place du village où je venais de poser mes valises. Le sujet du jour c’était la crédibilité. Il y avait là un barbu taiseux dont la seule intervention se résuma à cette petite phrase, qui devrait être affichée au-dessus du bureau de tous les auteurs de fiction.

La crédibilité, c’est le problème du menteur.

Tout est dit. Quand le contrat du mensonge crédible fonctionne entre l’auteur et le lecteur, ce dernier ne cherchera pas à prendre l’auteur en défaut, fermera les yeux sur quelques petites invraisemblances bien visibles, et ne cherchera pas à mettre en évidence les incohérences plus grosses, bien cachées derrière les omissions prudentes. Mais devant trop d’explications contradictoires ou capillotractées, la confiance sera vite rompue, et le livre refermé au bout de quelques pages. Bref, ne garder que les explications utiles, voilà la vraie difficulté, car en premier jet on peut avoir tendance à expliquer spontanément beaucoup trop. Et comme on dit dans les campagnes normandes, moins qu’on en dit moins qu’on s’trompe.

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