Je résume et prolonge ici une discussion initiée dans un groupe facebook nommé « Le Salon Littéraire » où j’ai été invité il y a quelques temps par Elen Brig Koridwen. Cette discussion m’a renvoyé à mes premières expérience d’écriture, vieilles de plus d’un demi-siècle, et en particulier au texte libre cher à mon « maître d’école » un peu frotté de pédagogie Freinet.
La question du Salon Littéraire était de savoir si tout lecteur est un auteur qui s’ignore. J’ai répondu par ce point de vue que certains ont trouvé discutable, que la lecture et l’écriture sont deux faces (ou deux phases) de la même expérience de communication. Lire et écrire, c’est comme écouter et parler, ou comme écouter de la musique et en jouer. Pour la langue parlée, on parle de conversation, pour la langue écrite, les émules de Freinet ont inventé le terme écrilire, employé à la fois comme verbe et comme substantif. L’écrilire, c’est la conversation écrite, où chacun est à la fois, naturellement et dès le départ de l’apprentissage, à la fois lecteur et auteur. Dans le dossier référencé plus haut, on lit cette fort jolie formule.

Dans la classe normale, on lit de la lecture et on écrit de l’écriture. Dans la classe Freinet, on lit de l’écriture (des autres) et on écrit de la lecture (pour les autres)!

C’est sans doute parce que j’ai été élevé dans de tels principes que la réponse à la question posée m’est apparue aussi évidente, alors que certains des intervenants ont soutenu qu’ils avaient vécu l’apprentissage de la lecture et de l’écriture comme des activités aussi distinctes que par exemple le sport et la musique. Probable qu’ils ont été instruits dans une classe « normale », pour reprendre le qualificatif ci-dessus.
Le terme « écrilire » n’a pas quitté les sphères des pédagogues Freinet, mais les nouvelles technologies ont fait émerger le terme « écrilecture », qui n’en est pas très éloigné, et qui désigne tous les systèmes d’édition et d’annotation collaborative du texte, où la frontière entre lecture et écriture devient de plus en plus floue. Cette lecture-écriture interactive, que le développement des réseaux sociaux a rendu banale, n’est bien sûr qu’un outil technique. Ce n’est pas parce que tout le monde peut parler que la conversation s’établit, le plus difficile étant toujours d’apprendre à écouter.
Aujourd’hui dans une autre conversation (sur Scribay) quelqu’un m’a soutenu qu’on pouvait être auteur sans rien lire ou presque. Ce qui me paraît a priori encore plus invraisemblable que de lire sans avoir envie d’écrire. Dans notre monde où l’important semble de parler le plus fort possible pour se faire entendre par-dessus le brouhaha général, il y a sans doute malheureusement du vrai sous ce point de vue. Je reste malgré tout sceptique, et j’attends qu’on me présente un(e) auteur(e) digne de ce nom qui prétende ne rien lire, je serais curieux d’avoir une conversation avec lui (ou elle).

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