La question de l’identité de l’auteur et de la façon dont il la masque et la démasque, volontairement ou non, consciemment ou non, a traversé mes deux précédents billets. Une petite fable de réseau social vient me l’illustrer encore une fois aujourd’hui.

Comme beaucoup de gens sur le Web en général et les réseaux sociaux en particulier, Emma se présente sous plusieurs identités. Une pour sa vie privée, une pour sa vie dans le monde de l’écriture, et peut-être d’autres que je ne connais pas. Et pour illustrer son « profil d’écriture » (comme elle le nomme) sur le plus grand réseau social de la galaxie, elle a choisi une belle métaphore. Une femme assise à un bureau, vue de dos, manifestement en train d’écrire. On peut supposer que c’est une photo d’Emma, même si rien ne le dit explicitement.

Bien qu’elle tourne ainsi le dos à ses « amis » potentiels, Emma semble faire confiance dans son intuition pour deviner de ce que recouvrent les masques des autres dans ce grand carnaval en ligne. Il y a deux semaines environ, elle m’a ainsi invitée au vu de l’image de mon profil. J’ai accepté un peu pour la même raison, curieux de savoir ce qu’elle écrivait ainsi en me tournant le dos.

Que nous raconte en effet cette image ? « Voyez, je suis là, occupée à écrire. Si vous voulez me parler, attendez que j’en aie terminé. Vous êtes sans doute curieux, ou jaloux de ces lignes que je vous cache. Vous voudriez peut-être que je les abandonne, pour tourner mon visage vers vous et vous parler enfin. Ou peut-être attendez-vous que je vous lise les secrets de femme que je suis sans nul doute en train de confier au papier? J’écris peut-être pour vous, qui sait ? Alors soyez patient, amis lecteurs. »

Il me semble en tout cas que c’est ce genre d’histoire qu’auraient dû se raconter les gens d’écriture auxquels le profil s’adresse explicitement, en lisant cette image comme une espèce de condensé autobiographique de l’auteur(e) en général. Pour parler au lecteur, il faut d’abord lui tourner le dos en s’enfermant dans le secret de l’écriture.

Hélas, tout le monde n’a pas le sens de la métaphore et le carnaval est fréquenté par des rustres. Et le dos en question ne leur parle pas de la même façon. Les épaules sont généreusement dénudées, séparées de la chevelure brune, qu’on devine épaisse et lourde, par un ruban de couleurs vives qui noue joliment la robe en haut du dos. Il n’en faut guère plus pour affoler les fantasmes des primates.

Hier, Emma pique un coup de gueule sur le réseau. Elle en a marre d’être draguée par ces mâles lourdingues. Je lui suggère que malheureusement les dits mâles doivent ressentir son image comme une décharge de phéromones, et non comme une allégorie littéraire. « Vous croyez? » me dit-elle.

Emma a changé l’image de ce trop joli dos contre un adorable porc-épic. Vu de face. Bien fait pour les primates frustrés, mais les autres garderont le souvenir fugace et un peu amer d’une jolie métaphore abattue en plein carnaval par des crétins. D’une balle dans le dos.

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