Nécessité de l’hiver

Comment faire pour bien écrire? Question naïve de l’auteur en quête d’excellence. Pour lui répondre, les vendeurs de bon conseil et de « trucs et astuces pour devenir un bon auteur » (efficace, productif, et donc à succès) foisonnent sur le Web. La mode est au coaching, et tant mieux pour ceux qui arrivent à le vendre.

Il y a bien sûr dans ce que ces gens proposent beaucoup de choses à prendre, souvent marquées au coin du bon sens, ce qui tend à me faire dire que le coaching est l’art de vendre aux gens ce qu’ils ont déjà chez eux mais l’ignorent. À tous les clients potentiels de ce genre de services, on a pourtant envie de dire comme le père de Tengo à son fils dans 1Q84. « Si tu ne comprends pas sans explications, ça ne sert à rien que je t’explique« .

Au bout du village on n’a pas encore adopté la mode du coaching. Donc on n’obéit pas forcément aux bons conseils, entre autres celui qu’on m’a donné encore hier. Il faut écrire tous les jours. Et si possible à heures fixes. Avoir des rituels, des lieux d’écriture. Pourtant j’ai entendu quelques auteurs dont personne ne dispute le talent dire qu’ils écrivaient n’importe où et n’importe comment. Et dans la bouche de Daniel Pennac, en substance: « J’ai mis trois ans à écrire (tel livre), dont deux ans à ne pas l’écrire. » Je ne me souviens plus du livre en question, et ne suis pas certain des chiffres, mais je me suis senti vraiment en sympathie avec cette histoire-là. Dans la gestation du livre, je passe beaucoup plus de temps à y penser qu’à écrire. J’imagine mes personnages, les scènes, j’y reviens, je les remâche jusqu’à ce que tout cela ressemble à de vrais faux souvenirs. Et quand c’est vraiment là, présent et vivant au fond de ma mémoire anachronique, l’écriture à proprement parler devient facile.

Un livre est un arbre. Ses racines doivent être profondes pour que ses branches montent haut et fructifient. Et il y a des saisons pour s’enraciner et des saisons pour fructifier. Les saisons et les jours où l’on n’écrit pas sont l’hiver de l’écriture, où le livre s’enracine dans le grouillement intime de la terre, sous la neige et les feuilles mortes. Sans un bon hiver, point de bonnes récoltes, tous les paysans vous le diront.

2 réflexions sur « Nécessité de l’hiver »

  1. […] Je préfère garder cela au-delà de l’horizon brumeux de l’inscrutable. À chacun son métier. Je n’écrirai pas de chroniques, c’est un exercice trop difficile pour moi. Je continuerai d’écrire mes anachroniques, et de lire sans commentaire. Ami(e)s auteur(e)s ne prenez pas mal ce silence, si ton livre s’enracine en moi il en repoussera bien quelque chose dans une écriture future, à l’endroit et au moment les plus inattendus. Et j’ose espérer que mes lignes feront de même en toi. L’intertextualité est une chose souterraine et silencieuse, qui appartient au nécessaire hiver de l’écriture. […]

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